Histoire et origine des sneakers

Et si nous rentrions tout de suite dans le bain en vous racontant une histoire ?

Cette histoire, il s’agit sans surprise de celle des sneakers. Portées par tout le monde, sans distinction d’âge ni de sexe, ces chaussures appréciées avant tout pour leur confort et désormais ô combien populaires sont nées il y a longtemps. Sans doute plus longtemps que vous imaginez… C’est donc à un formidable voyage dans le temps que nous vous invitons à prendre part aujourd’hui. De la fin du 18e siècle à cette année, celui-ci vous permettra, nous l’espérons, de comprendre d’où vient ce qu’il est légitime d’appeler « le phénomène sneakers » et ses multiples influences socio-culturelles. Attachez bien vos lacets, c’est parti !

De l’industrie automobile aux parquets de la NBA

Si on vous demandait de décrire ce qui caractérise selon vous une paire de sneakers, vous répondriez sûrement son confort et, à un degré moindre, son style. Ce ne serait pas surprenant puisqu’il s’agit des deux raisons principales pour lesquelles nous en portons tous.

Publicité pour Keds datant des années 1910

En réalité, les sneakers sont par définition des chaussures dont la semelle est composée de caoutchouc. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’est utilisé pour leur fabrication que depuis le début du 19e siècle.

C’est à la marque Keds que l’on doit cette véritable révolution. Filiale de « The United States Rubber Company », le géant américain du pneu plus connu sous le nom Uniroyal, Keds est née en 1916 avec l’objectif d’étendre le leadership de sa société mère au marché de la chaussure. Pour cela, elle créera un modèle mixant une semelle en caoutchouc avec une tige en toile qui sera commercialisé dès l’année suivante. Loin des boots jusqu’alors conçues pour l’armée américaine par Uniroyal, ce dernier reste considéré comme la toute première sneaker de l’histoire.

Tiens donc, du caoutchouc et de la toile… Cette association ne vous rappelle rien ?

La Converse All Star, évidemment. Egalement créée en 1917, la All Star viendra marcher sur les platebandes de la chaussure de Keds pendant plusieurs décennies jusqu’à l’essor de la NBA dans les années 60 et 70. Avec l’appui de Chuck Taylor, un basketteur reconverti en commercial, Converse améliorera sa All Star pour réussir à l’imposer comme LA paire de référence de la prestigieuse ligue de basketball américaine. Alors que la majorité des joueurs professionnels de l’époque l’adopteront sans sourciller, quelques stars préoccupées autant par leur confort que par leur style, continueront de jouer avec la PRO-Keds. C’est le cas de George Mikan, Kareem Abdul-Jabbar, Pete Maravich, Tiny Archibald, Jojo White, Bob Love ou encore Willis Reed.

La Converse All Star de 1917
La Converse All Star de 1917

Entre temps, le développement des deux marques fut interrompu par la seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle elles durent se consacrer à la fabrication d’équipements militaires pour l’armée américaine.

C’est par ailleurs au lendemain du conflit international que les allemands PUMA et adidas verront le jour, respectivement en 1948 et en 1949, mettant ainsi fin à la collaboration des frères Adolf et Rudi Dassler. Ceux qui deviendront d’éternels rivaux chercheront aussi à investir le créneau de la NBA après s’être émancipés en Europe dans le football. adidas misera pour cela sur la Pro Model, une silhouette en cuir que la marque aux 3 bandes rebaptisera Superstar à la suite du sacre des Boston Celtics au terme de la saison 1968-69. De son côté, PUMA optera en 1973 pour un modèle inspiré de sa mythique Suede conçu spécialement pour Walt Frazier. Il sera baptisé Clyde, en référence au surnom attribué au joueur pour sa capacité à subtiliser les ballons à ses adversaires. Enfin, en 1974, ce sera au tour de Nike de se lancer à l’assaut de la NBA, avec la Blazer.

Walt Frazier et sa PUMA Clyde

Et les baskets envahirent la rue : la naissance du streetwear

Autant dire qu’à l’entame des années 80, les basketteurs avaient l’embarras du choix. Sous la pression de leurs concurrents portés notamment par une volonté incessante et presque insolente d’innover, les acteurs historiques Keds et Converse abandonneront progressivement la partie, ce qui fera principalement les affaires de Nike.

Lancée officiellement en 1971 après s’être affranchie de son partenariat commercial avec Onitsuka Tiger (ex ASICS), la marque au Swoosh se jettera corps et âme à la conquête de la NBA. Elle écartera quasiment totalement la concurrence en 1982 avec la Air Force 1, sa première chaussure de basketball dotée de la technologie Air. Imaginée par le designer Bruce Kilgore, la AF1 sera un vrai succès, sur en dehors des terrains. Les amateurs de basketball chercheront en effet rapidement à se l’approprier pour imiter leurs idoles lors de matchs improvisés sur les playgrounds de Philadelphie. Ils iront même jusqu’à personnaliser leurs propres paires en attendant la sortie de nouveaux coloris. Une anecdote parmi tant d’autres qui en dit long sur sa popularité.

La manuel des propriétaires de la Nike Air Force 1
La manuel des propriétaires de la Nike Air Force 1
Michael Jordan
His Airness et sa Air Jordan 1 en 1985

En 1985, Nike frappera à nouveau très fort en signant avec Michael Jordan l’un des contrats de sponsoring les plus prolifiques de son histoire.

La Air Jordan 1, première basket signature d’une longue série avec laquelle His Airness fera ses débuts au niveau professionnel, marquera à jamais les esprits suite à son bannissement des terrains par la NBA. A cause de ses couleurs rouge et noir qui ne respectaient pas le dess-code imposé autrefois par la ligue, celle-ci décida effectivement de l’interdire. Inutile de préciser que la décision ne fut pas au goût de Nike qui préféra payer l’amende de 5000 dollars infligée à l’ancien n°23 des Chicago Bulls pour chaque match joué avec la Jordan 1. L’événement renforcera finalement l’engouement des fans qui l’élèveront aussitôt au rang très fermé des sneakers légendaires.

Mais les années 80, c’est aussi l’âge d’or du hip-hop, un courant musical émergent qui propulsera certains équipementiers au sommet, à commencer par adidas. Habitués à porter des Superstar, sur scène comme à la ville, les rappeurs du groupe Run-DMC se verront proposer un partenariat avec la firme allemande après l’un de leurs concerts, en l’occurrence celui du Madison Square Garden de New York en 1986. Durant ce concert, Jam Master Jay et ses acolytes entonnèrent une chanson intitulée « My adidas », en invitant leur public à brandir comme eux leur paire vers le ciel. adidas, dont l’un des représentants se trouvait dans la foule ce jour là, sera logiquement séduit par l’initiative au point de vouloir s’attribuer officiellement l’image de Run-DMC à des fins marketing. Cet épisode majeur de l’histoire des sneakers contribuera à démocratiser la Superstar et les autres baskets adidas parmi lesquelles figurait une certaine Stan Smith.

Run-DMC

PUMA profitera également de l’essor du hip-hop grâce aux adeptes du breakdance, cette danse inventée dans les rues New-Yorkaises qui se caractérise par ses figures au sol et acrobatiques parfois impressionnantes. En recherche d’une chaussure stylée et suffisamment résistante pour pratiquer leur passion en milieu urbain, les Bboys jetteront leur dévolu sur la PUMA Suede et ses multiples possibilités de personnalisation. Après s’être révélée aux yeux du monde entier pendant les Jeux Olympiques de Mexico en 1968, la Suede fera définitivement son entrée au Panthéon des baskets.

L’avènement des sneakers grâce au running

A trop concentrer ses efforts sur la conquête du basketball, Nike lâchera du lest dans l’univers du running, une discipline dans laquelle elle puise pourtant ses racines. Cela permettra à des marques telles que New Balance et Reebok de faire valoir leurs atouts. La New Balance 990, en 1982, puis la Reebok Classic Leather, en 1983, pousseront l’inventeur de la Cortez dans ses retranchements.

Tinker Hatfield et sa Nike Air Max 1
Tinker Hatfield et sa Nike Air Max 1

Heureusement pour Nike, Bill Bowerman croisa le chemin d’un jeune perchiste dénommé Tinker Hatfield lorsqu’il était entraîneur d’athlétisme à l’Université de l’Oregon.

D’abord embauché en tant qu’architecte d’intérieur, Tinker Hatfield sera très vite promu designer afin d’aider la firme à redorer son blason dans l’univers du running. Il y parviendra haut la main en concevant la Air Max 1 en 1987 puis la Air Max 90 trois ans plus tard. Non content d’exploiter au maximum le système d’amorti apporté par Frank Rudy en 1977, d’où le nom Air Max attribué à la gamme, l’illustre designer de Nike le rendra en plus visible en insérant une fenêtre dans le talon de sa basket. Cette révolution à la fois technique et visuelle s’intensifiera au fil des années pour déboucher sur une semelle finalement composée intégralement d’unités d’air visibles.

Depuis, la lutte sur le marché du running fait rage. Chaque acteur y va de ses propres innovations pour tenter de faire la différence. PUMA introduira la technologie Trinomic en 1989. Celle-là même qui équipe la Blaze of Glory et encore la plupart de ses baskets de course actuelles. La même année, adidas a lancé son système Torsion, éclipsé par les semelles BOOST arrivées en 2013. Toujours en 1989, Reebok a présenté la première version de la Pump, un modèle intégrant une sorte de bouton sur sa languette pour ajuster le volume du coussin d’air présent dans sa semelle intermédiaire. Bien qu’initialement destiné au basketball, l’usage de ce procédé innovant s’est ensuite étendu au running, avec un mode de fonctionnement similaire.

Les dates clés de l’histoire des baskets

  • 1916 – création de la marque Keds, filiale de The United States Rubber Company
  • 1917 – création de la première chaussure de Keds, en caoutchouc et en toile
  • 1917 – création de la Converse All Star, concurrente directe du modèle phare de Keds
  • 1948 – création de la marque PUMA par Rudolf aka « Rudi » Dassler
  • 1949 – création de la marque adidas par Adolf aka « Adi » Dassler, le frère de Rudolf
  • 1968 – création de la Pro Model par adidas pour la pratique du basketball
  • 1969 – la Pro Model est officiellement renommée Superstar suite au sacre des Boston Celtics en NBA
  • 1971 – création de la marque américaine Nike par Phil Knight et Bill Bowerman
  • 1972 – création de la Nike Cortez pour la pratique de la course à pied
  • 1973 – création de la PUMA Clyde sur la même base que la PUMA Suede
  • 1974 – création de la Nike Blazer pour la pratique du basketball
  • 1977 – Frank Rudy, ancien ingénieur de la NASA, apporte les prémices de la technologie Air à Nike
  • 1978 – création de la Nike Tailwind, la première chaussure de Nike dotée d’un coussin d’air
  • 1982 – création de la Nike Air Force 1, la première chaussure de basketball de Nike équipée de la technologie Air
  • 1985 – Nike signe un partenariat avec Michael Jordan et officialise la Air Jordan 1
  • 1986 – adidas signe un partenariat avec les rappeurs du groupe Run-DMC
  • 1987 – création de la Nike Air Max 1 par Tinker Hatfield
  • 1989 – création des systèmes Trinomic par PUMA, Torsion par adidas et de la Reebok Pump
  • 1990 – création de la Nike Air Max 90, toujours par Tinker Hatfield

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