Michael Jordan et sa paire de Air Jordan 1

Les baskets estampillées du célèbre Jumpan font aujourd’hui partie du quotidien. Présentes aussi bien aux pieds des fans de basketball que des amoureux de streetwear préoccupés avant tout par leur look, les sneakers de la Jordan Brand sont tout simplement incontournables. Attendus par certains comme pourrait l’être la sortie d’un smartphone dernier cri par d’autres, les nouveaux modèles suscitent à chaque fois un fort engouement qui atteste de l’intemporalité de ces chaussures pas comme les autres.

Mais à trop patienter pour se procurer les dernières paires commercialisées par la marque, on en oublierait presque qu’elles n’ont failli jamais voir le jour et qu’elles doivent leur salut à la légitimité gagnée sur les parquets par un joueur devenue une légende : Michael Jordan.

Dans la lignée des précédents retours historiques que nous avons rédigés sur Nike, notamment, nous vous proposons cette fois de revenir sur les origines de la Air Jordan. Du contexte dans lequel elle a été créée aux revenus astronomiques qu’elle continue de générer, voici l’histoire d’une des marques de sneakers les plus populaires au monde.

Le pari gagnant de Nike avec Michael Jordan

Michael Jordan et Sonny Vaccaro
Michael Jordan et Sonny Vaccaro

Tout débute dans le milieu des années 1980 aux Etats-Unis, évidemment. Depuis quelques années, un jeune joueur de basketball fait parler de lui du haut de son mètre 98 du côté de l’université de Caroline du Nord. Alors âgé d’à peine 20 ans, Michael Jordan étonne déjà les spécialistes grâce à son aisance technique et surtout sa détente hors du commun. Au même moment, Nike, marque de sport qui a vu le jour une dizaine d’années plus tôt dans l’Oregon, cherche à s’imposer dans cet univers sportif sur lequel Converse et adidas règnent en maître.

Alors que ceux-ci peuvent s’appuyer respectivement sur Magic Johnson et Larry Bird, les stars de la NBA de l’époque, Nike va tenter un coup de poker et se rapprocher de Michael Jordan pour faire son entrée dans le monde de la NBA. Par l’intermédiaire de Sonny Vaccaro, l’équipementier va arracher le futur numéro 23 des Bulls des griffes d’adidas avec qui le récent médaillé d’or aux JO de 1984 était sur le point de s’engager.

Peu séduit par le modèle original rouge et noir qui lui sera présenté, Michael Jordan, poussé par sa mère, contraindra Sonny Vaccaro et Phil Knight à jouer cartes sur table. Le commercial et le patron de la firme lui feront rapidement une proposition qu’il ne pourra pas refuser et qui reste à ce jour l’un des plus importants contrats de sponsoring de l’histoire de Nike. Le natif de New-York, qui n’a à ce moment-là disputé aucun match en tant que professionnel, percevra 2,5 millions de dollars sur 5 ans et 25% des royalties sur chaque paire vendue.

Air Jordan 1 : une paire de baskets devenue emblématique

Le moins que l’on puisse dire est que les premiers pas de Michael Jordan avec des Nike aux pieds ne sont pas passés inaperçus.

En effet, l’intérêt de la marque pour le rookie suscitera la jalousie de plusieurs vétérans de la ligue qui iront jusqu’à le boycotter lors des All-Star Game à l’issue de la saison 1984-85. Malgré son jeune âge, l’arrière des Bulls ne se laissera pas impressionner et imposera son style. En plus d’exiger que son short soit rallongé de 6 centimètres, il évoluera pendant toute sa première saison professionnelle avec une paire qui ne respectait pas le code vestimentaire de la NBA qui imposait l’utilisation de modèles à 51% blancs (‘’The 51 percent rule’’) concordant à la fois avec la tenue des franchises et les silhouettes portées par les autres joueurs de chaque équipe. Flairant le coup marketing à plein nez, Nike décidera de payer l’amende de 5 000 dollars infligée à l’arrière des Chicago Bulls pour chacune de ses apparitions avec la paire jusqu’à ce que le règlement évolue au début des années 2000.

La vérité sur le bannissement par la NBA de la Air Jordan 1

Michael Jordan - Nike Air Ship - Octobre 1984
Micahel Jordan et ses Nike Air Ship au mois d’octobre 1984. Dommage, la photo est en noir et blanc. Mais il apparaît tout de même clairement que ses baskets sont loin d’être majoritairement blanches…

Ça, c’est la version officielle, ou plutôt celle qui se transmet de bouche à oreilles, de génération en génération, un peu comme une légende urbaine. Car en réalité, ce n’est pas la Air Jordan 1 qui a été bannie des parquets, mais la Nike Air Ship, une paire qu’a chaussée Michael Jordan en attendant que Peter Moore finalise le design de la AJ1. A l’origine, la Air Ship était blanche et rouge, ce qui ne posait alors pas de problème à la NBA. Mais lors du sixième match de pré-saison des Chicago Bulls, ‘’His Airness’’ a fait son apparition avec une déclinaison noire et rouge des mystérieuses baskets, ce qui n’a pas échappé à la ligue. Celle-ci a d’ailleurs adressé un courrier à Rob Tresser, vice-président à l’époque de la firme de Beaverton, pour lui stipuler que son poulain ne pouvait pas évoluer sur les parquets avec des chaussures comme celles qu’il portait lors de cette fameuse rencontre de pré-saison, aux alentours du 18 octobre 1984. Vous pouvez retrouver l’intégralité de ladite lettre ci-dessous.

La lettre de la NBA destinée à Rob Strasser
La lettre de la NBA destinée à Rob Strasser

Bien qu’aucune source ne le confirme, il semble donc évident que Nike a cherché à profiter du bannissement de la Air Ship pour créer le buzz autour de la Air Jordan 1 et lui assurer ainsi un lancement en grande pompe. D’autant que nous ne disposons d’aucune photo de l’ancienne star de Chicago en match officiel avec une paire de AJ1 noire et rouge, celle supposée bannie notamment parce qu’elle ne comportait pas assez de blanc. La seule photo de Michael Jordan avec les chaussures incriminées dont nous disposons a été prise durant le concours de dunk du All-Star Game en 1985, mais il s’agit d’une épreuve d’exhibition et non d’une confrontation officielle.

Michael Jordan - Slam Dunk Contest - NBA All-Star Game 1985
Michael Jordan – Slam Dunk Contest – NBA All-Star Game 1985

Quitte à faire la lumière sur cette page prépondérante de l’histoire des sneakers, autant le faire jusqu’au bout.

Comme vous l’aurez compris, lorsque nous parlons de la plus controversée des Air Jordan 1, celle qui a été bannie par la NBA, nous faisons allusion son colorway ‘’Bred’’, surnommé de la sorte par contraction des couleurs ‘’black’’ et ‘’red’’, autrement dit, noire et rouge, pour les moins anglophones d’entre vous. C’est à ce coloris devenu emblématique que la Jordan Brand a rendu hommage en 2016 avec sa Air Jordan XXXI ‘’Banned’’. Il ne faut pas le confondre avec la version ‘’Chicago’’, toute aussi populaire car portée sur les terrains par Michael Jordan jusqu’en 1986. Pour être complet, sachez que cette dernière était initialement vendue 65$, ce qui en a longtemps fait la paire de baskets la plus chère. Qu’à cela ne tienne, il s’agissait sans doute du prix à payer pour s’offrir une part de rêve, MJ ayant accompli nombre d’exploits avec elle. Il a par exemple était élu ‘’rookie of the year’’ au terme de sa première saison en tant que professionnel.

La Air Jordan I de Nike
La Air Jordan I de Nike, sortie en 1985

Une progression sportive et stylistique rapide

Michael Jordan enchaînera rapidement les records sportifs personnels et collectifs avec des chaussures qui connaîtront une évolution visuelle toute aussi rapide. Dès 1986, la star montante de la NBA arborera la Air Jordan II sur laquelle le Swoosh de Nike disparu au profit d’un logo représentant un ballon de basket ailé. Designée par Bruce Kilgore, le père de l’Air Force 1, celle-ci se dotera d’une petite touche luxueuse incarnée par la présence de cuir gaufré sur son empeigne pour imiter la peau des lézards.

Tinker Hatfield, créateur quant à lui de l’Air Max One, prendra le relai de Bruce Kilgore pour signer l’Air Jordan III en 1988. La Jordan troisième du nom marquera un tournant dans l’histoire de la gamme en intégrant pour la première fois une fenêtre laissant entrevoir le coussin d’air inséré au niveau du talon pour améliorer l’amorti. C’est aussi avec cette Air Jordan III qu’apparaîtra le Jumpan, ce logo qui deviendra mondialement connu et que l’on retrouve toujours sur l’ensemble des articles de la marque.

Les déclinaisons se succéderont alors au fil des années et au rythme des performances de « His Airness ». Au terme de ses 3 premières années d’exercice, le partenariat entre Nike et Michael Jordan générera 150 millions de dollars de revenus, de quoi effrayer Phil Knight qui ne renouvellera son contrat que sous l’influence de Vaccaro. Après avoir été le personnage d’une bande dessinée écrite par Jeff MacNelly puis sorti son propre parfum écoulé à 1,5 million d’exemplaire en 2 mois, la légende des parquets verra sa propre marque officialisée en 1997, toujours en partenariat avec Nike. Elle s’imposera sans difficulté en dehors des terrains de baskets, et ce jusqu’en Chine où les fans de streetwear s’arracheront les chaussures signatures du joueur parfois sans même jamais l’avoir vu.

La Jordan Brand entrera à jamais dans l’histoire des sneakers pour devenir la référence que nous connaissons tous aujourd’hui.

L’historique des modèles Air Jordan en infographie

Entre la sortie de la Air Jordan III et la création de la Jordan Brand en 1997, pas moins de 8 modèles se sont succédés. D’autres sont bien évidemment nés après pour le plus grand plaisir des sneakers addicts que nous sommes. Vous pouvez tous les découvrir dans l’infographie ci-dessous :

[Infographie] L'histoire des Air Jordan

Zoom sur la Air Jordan XII

Parmi les quelques baskets de la marque Jordan qui sortent du lot, comment ne pas évoquer la Jordan XII ?

Conçue par Tinker Hatfield, célèbre designer de Nike à qui on doit aussi la gamme Air Max ou encore la Huarache, la douzième silhouette de la Jordan Brand a été une vraie révolution tant sur le plan visuel que technique. Celle dont vous pouvez découvrir l’histoire complète ici mixe les codes de la Jordan XI avec des éléments inspirés de l’ancien drapeau japonais, pour rappeler les rayons du soleil levant, et d’une chaussure portée au Japon par les femmes à partir du XIXe siècle. Créée en 1996 et portée pendant toute la saison de NBA suivante par Michael Jordan et d’autres stars telles que Scottie Pippen, elle est la toute première chaussure frappée du Jumpan à intégrer la technologie Nike Zoom. Ses coloris les plus populaires sont le blanc et noir d’origine, plus connu sous le nom « Taxi », et le noir et rouge rebaptisé « Flu Game » suite aux performances record signées par His Airness face aux Utah Jazz, lors du cinquième match des finales NBA de 1997, alors qu’il était malade.

La Air Jordan 12, ici dans a réédition de 2008
La Air Jordan 12, ici dans a réédition de 2008