Histoire de la Nike Cortez

Dans le petit monde des sneakers, il existe une poignée de modèles qui peuvent se vanter de jouir d’une suprématie incontestable même si leur design ne fait pas l’unanimité. C’est précisément le cas de la Nike Cortez, qui reste solidement ancrée dans le paysage de la mode streetwear malgré une ligne souvent jugée féminine, et qui n’est de ce fait pas au goût de tous. Si la Cortez demeure ainsi une basket aussi iconique qu’intemporelle, c’est principalement parce qu’elle est considérée à juste titre comme la toute première chaussure de running de la marque au Swoosh. Il va sans dire que nous nous devions par conséquent de retracer son histoire, autant pour notre propre plaisir que vous pour vous aider à enrichir un peu plus votre culture sneakers.

La première véritable sneaker de Nike

Officiellement, l’histoire de la Nike Cortez débute en 1972. Mais en remontant plus loin dans le passé, et surtout en fouillant dans les archives de l’équipementier, on se rend très vite compte que les contours de la sneaker ont été définis dès le milieu des années 60.

Blue Ribbon Sports - TG-24 Cortez

A ce moment-là, Phil Knight et Bill Bowerman, les co-fondateurs de la firme américaine telle que nous la connaissons tous aujourd’hui, entretenaient un partenariat avec Onitsuka Tiger. Via leur entité Blue Ribbon Sports, que nous désignerons via son acronyme BRS dans la suite de l’article, l’ancien coureur de demi-fond et son entraîneur commercialisaient les chaussures de course du fabricant japonais – plus connu désormais sous le nom ASICS – notamment auprès des équipes d’athlétisme universitaires. Parmi ces chaussures figurait la TG-24, une silhouette créée en 1964 qu’Onitsuka et BRS ont fait évoluer, à la fois visuellement et techniquement, afin de surfer sur la vague des Jeux Olympiques de Mexico de 1968.

D’où vient le nom de la Nike Cortez ?

C’est à cette période qu’ils ont décidé de la rebaptiser TG-24 Cortez, en lieu et place d’Aztek, pour marquer la rupture avec adidas qui jugeait que cette désignation était trop proche de celle utilisée pour sa Aztek Gold. Ce choix ne doit rien au hasard car il fait référence à Hernan Cortès, le célèbre conquistador espagnol qui a vaincu les aztèques.

3 ans plus tard, en 1971 donc, Onitsuka et BRS ont parachevé la Tiger Corsair, juste avant que Phil Knight et Bill Bowerman n’actent la fin de leur relation commerciale avec leur partenaire nippon dans l’optique de concevoir, produire et distribuer leurs propres équipements. Une bataille acharnée entre Nike, officiellement fondé quelques mois plus tard, et Onitsuka s’en est suivie pour déterminer à quel acteur devaient revenir les droits d’exploitation du terme ‘’Cortez’’. Il faut dire qu’en 1972, moins d’un an après sa création, Nike a présenté en grande pompe une alternative à la Tiger Corsair qui ne s’en distinguait finalement que par son logo latéral. Jugez-en plutôt par vous-même grâce sur l’image suivante :

Nike Cortez vs. Onitsuka Tiger Corsair

La justice n’a tranché en faveur des américains qu’en 1974, après que Bill Bowerman ait été reconnu à titre officiel comme le créateur de la chaussure à l’origine du conflit. Le numéro un mondial de la basket, qui ne l’était pas encore à l’époque, avait de toute façon pris soin de placer sa Cortez estampillée de son logo en forme de virgule inversée aux pieds de Steve Prefontaine en 1972, pour les JO de Munich. A titre anecdotique, on précisera que l’athlète formé à l’Université de l’Oregon n’a toutefois pas performé en Allemagne. Il y a en effet terminé 4e à l’issue de l’épreuve du 5000 mètres.

La Nike Cortez passée au crible

Nike Cortez OG - White/University Red

Maintenant que vous en savez un peu plus sur ses origines, intéressons-nous au design de cette fameuse Cortez. Au premier coup d’œil, on remarque sa forme arrondie sur l’avant. Celle-ci n’est pas anodine puisque c’est elle qui peut lui conférer sa dimension féminine, même elle reste un modèle unisexe porté par les hommes, les femmes et mêmes les enfants. Vous aurez également noté sa conception en cuir, une particularité technique à des années lumières de ce qui se fait aujourd’hui de mieux dans le monde de la course à pied où les fabricants de chaussures privilégient des matières plus légères et respirantes. C’est le cas de la maille Flyknit, pour rester dans l’univers de Nike. La Cortez est équipée d’autre part d’une midosle en mousse couplée à une semelle extérieure en caoutchouc dont les motifs en forme de chevrons sont inspirés des alvéoles des nids d’abeilles.

En 1975, les équipes créatives de Nike ont pris conscience que le cuir n’était pas la matière idéale pour la confection de chaussures destinées aux coureurs. C’est pour cela qu’elles ont reproduit le schéma de la Waffle sur la Cortez en la dotant d’une tige en nylon.

Un coloris mythifié par Forrest Gump

Comme le dit si bien l’expression, il faut rendre à César ce qui appartient à César. Et dans la formidable histoire de la Cortez, César est incarné par Tom Hanks, aka Forrest Gump. Dans l’une des scènes du film réalisé par Robert Zemeckis au début des années 90, on peut voir l’acteur plusieurs fois oscarisé ouvrir une boite de baskets Nike pour en sortir une paire de Cortez dans son coloris OG ‘’White/University Red’’. Cette scène devenue vite culte a engendré une hype inconsidérable atour de la silhouette de Bill Bowerman et scellé par la même occasion sa transition des pistes de course vers la rue.

Nike Cortez - Forrest Gump

La Nike Cortez à l’assaut de la street-culture

Easy-E
Easy-E

On ne va pas se mentir, nous avons ouvert la page dédiée à Forrest Gump avant celle consacrée à la street-culture parce que c’est un épisode très populaire de l’histoire de Nike. Cependant, il ne faut pas négliger le rôle qu’ont joué des artistes d’horizons très différents dans la conquête de la rue entreprise par la Cortez dans les années 80. Tout comme la Air Force 1, pour ne citer qu’elle, la Cortez a effectivement pu compter sur l’appui de grands noms de la scène hip-hop de l’époque. On pense bien sûr à Eazy-E, l’un des pères fondateurs du gangsta rap et fondateur du groupe NWA. Pas plus tard que l’année dernière, Kendrick Lamar, une figure du rap US actuel, est venu la signer de sa patte créative inimitable dans le cadre d’une collaboration courte, mais réussie, qui a débouché sur la création de deux itérations inédites. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à découvrir ou redécouvrir son coloris ‘’Kung Fu Kenny’’ et sa version ‘’Basic Slip’’ qui ont beaucoup fait parler d’eux. Il convient également de souligner les autres apparitions devant la caméra de la basket. Après Forrest Gump, elle s’est distinguée aux pieds de Farah Fawcett dans la série Charlie’s Angels, ce qui a renforcé sa hype auprès des femmes. Enfin, rappelons que la Cortez fait partie des 3 paires de la collection Stranger Things (voir ci-dessous).